Le Prophète de L'Islam

L’émigration vers l’Abyssinie


SOMMAIRE

La 1ère émigration en Abyssinie
Prosternation des associateurs avec les musulmans et retour des émigrés
La 2ème émigration en Abyssinie
Le complot des Koraïchites contre les musulmans émigrés en Abyssinie



La 1ère émigration en Abyssinie

Les persécutions commencèrent au milieu ou à la fin de la quatrième année de la prophétie. D’abord insignifiantes, ce persécutions, jour après jour et mois après mois, s’intensifièrent et s’aggravèrent au milieu de la cinquième année, de manière si violente qu’ils ne pouvaient plus vivre à la Mecque.

Il leur fut recommandé de penser à une stratégie propre à les préserver de l’atrocité des supplices. Face à cette situation la sourate Az-Zoumar (les groupes) fut révélée au sujet de l’émigration. Une telle sourate déclare que la terre d’Allah n’est rien d’étroit:
« Ceux qui, ici-bas, font le bien auront une bonne récompense. La terre d’Allah est vaste et les endurants auront pleine récompense, sans compter »
(Coran 39 Verset 10)

Le Messager d’Allah (saw) savait que le Négus, roi d’Abyssinie était un roi juste auprès de qui on ne ferait du tort à personne.

Alors, il ordonna aux musulmans d’émigrer en Abyssinie pour sauver leur religion des épreuves. Ainsi, au mois de Rajab (septième mois de l’année hégirienne) de la cinquième année de l’avènement de la prophétie, la première vague de compagnons émigrait en Abyssinie. Elle était constituée de douze hommes et de quatre femmes dirigés par Othman ibn Affan accompagné de son épouse Ruqayyah la fille du Messager d’Allah (saw). A propos de ce couple, le prophète (saw) précisa qu’il s’agissait là du premier ménage à émigrer dans la voie d’Allah, après Ibrahim et Loth. Le Départ de ces émigrants eut lieu dans la nuit par crainte des Koraïchites. A leur sortie, ils allèrent à la mer et se dirigèrent vers le port de Shou’ayba où le destin les fit tomber sur deux navires de commerce qu’ ils utilisèrent pour se rendre en Abyssinie. Dès qu’ils furent au courant de leur départ, les Koraïchites se jetèrent à leurs trousses, mais, au moment où ils atteignaient la côte, les musulmans étaient déjà partis, sains et saufs. Ces musulmans furent bien traités en Abyssinie.


Prosternation des associateurs avec les musulmans et retour des émigrés

Au mois de Ramadan de la même année, le prophète (saw) se rendit au Haram où il avait une multitude de Koraïchites, y compris les seigneurs et les grands chefs. Alors, il se dressa au milieu de la foule et soudain se mit à réciter la sourate des étoiles. Ces infidèles n’avaient jamais écouté la parole d’Allah auparavant. En effet, leur principe permanent était de pratiquer ce qu’ils se recommandaient les uns les autres, comme le montre le verset suivant:
« Ne prêtez pas l’oreille à ce Coran et faites du chahut pendant sa récitation, afin d’avoir le dessus »
(Coran 41 Verset 26)

Lorsque, les surprenant, il leur récita cette sourate, une parole divine, splendide et élégante frappa alors leurs oreilles, une parole dont l’exposé théorique ne cerne ni la splendeur, ni la majesté, qui les sortit de leurs préoccupations. Chacun d’entre eux prêta une oreille attentive, ne pensant à rien d’autre jusqu’au moment où le prophète (saw) récita la fin de la sourate exprimant des invectives à faire voler les cœurs. Ensuite il récita: « Prosternez-vous donc à Allah et adorez-le » (Coran 53 Verset 62) et aussitôt se prosterna.

Les associateurs réunis ne purent s’empêcher de faire comme lui car, la splendeur de la vérité avait balayé toute résistance dans les cœurs des arrogants et des persifleurs. Ils se mordirent les doigts lorsqu’ils se furent rendus compte que la grandeur de la parle d’Allah les avait conduits à lâcher du lest.

Pour effacer cette erreur de leur part, ils se mirent à commettre dans toute la mesure du possible, les mêmes actes qu’auparavant car, ceux de leurs contribules qui n’avaient pas assisté à la scène, les blâmaient et les critiquaient un peu partout à la Mecque. Ce étant, ils forgèrent des mensonges contre le Messager d’Allah (saw) disant de celui-ci qu’il avait exprimé de l’estime pour leurs idoles et qu’il avait dit à leur égard « voici les gigantesques et les géantes », « on espère leur intercession ».

Ils recoururent à cet énorme mensonge pour se faire excuser de s’être prosternés avec le Messager d’Allah (saw). Toutefois cela n’étonne pas d’un peuple qui avait l’habitude de mentir, de monter des intrigues et de forger des mensonges.

L’information parvint à ceux qui avaient émigrés en Abyssinie mais sous une forme totalement différente de la réalité. On leur raconta que les Koraïchites s’étaient convertis à l’islam en conséquence de quoi ils’ revinrent à la Mecque au mois de Chawal (le dixième mois) de la même année.

Lorsqu’à une heure de voyage de la Mecque, ils surent la vérité, certains d’entre eux retournèrent en Abyssinie. Les autres n’accédèrent à la Mecque qu’en se cachant ou avec l’aide d’un des Koraïchites.


La 2ème émigration en Abyssinie

Les Koraïchites s’acharnèrent sur les émigrants et les autres musulmans que leurs propres clans tribaux attaquaient aussi. Il leur était difficile d’admettre la nouvelle selon laquelle de Négus avait bien reçu et traité les émigrants.

Face à cette situation, le Messager d’Allah (saw) ne put s’empêcher de demander à ses compagnons de retourner en Abyssinie. Cette deuxième émigration était plus dure que la première car les Koraïchites s’y attendaient et tenaient à la faire échouer. Cependant les musulmans étaient plus rapides. Allah leur ayant facilité le voyage, ils parvinrent en Abyssinie avant de se faire rattraper.

Cette fois la délégation comportait 83 hommes si l’on compte Ammâr – dont on doute de l’émigration – et 18 ou 19 femmes.


Le complot des Koraïchites contre les musulmans émigrés en Abyssinie

Les associateurs tenaient coûte que coûte à empêcher les émigrés de trouver un refuge pour eux-mêmes et pour leur religion. Aussi, choisirent-ils deux hommes robustes et intelligents à savoir Amr ibn Al-As et Abdoullah ibn Abi Rabîaa – avant leur conversion à l’islam – qu’ils envoyèrent, chargés des cadeaux les plus précieux, auprès du Négus et de ses patriarches.

Les deux hommes, munis des cadeaux, arrivèrent chez les patriarches auxquels ils fournirent des arguments en faveur de l’expulsion des musulmans et, après que ceux-ci fussent d’accord de proposer au Négus de les expulser, rencontrèrent le Négus même à qui ils offrirent les cadeaux et parlèrent en ces termes:
« O Roi! Il se réfugie dans votre pays de jeunes stupides qui, ayant quitté la religion de leur peuple, n’ont pas pour autant embrassé la vôtre. Ils ont apporté une religion qu’ils ont créée de toutes pièces et que personne ne connaît, ni nous, ni vous-mêmes.
Aussi, avons-nous été dépêchés auprès de vous par les nobles de leur peuple, par leurs pères, leurs oncles et leurs clans qui vous demandent de les leur rendre, car ils veillent sur eux mieux que quiconque et savent mieux que quiconque ce qu’ils ont eu à leur reprocher ».

Les patriarches dirent:
« Effectivement! Sire! Rends-les-leur! Qu’ils retournent avec dans leur pays et auprès de leur peuple! ».

Le Négus, malgré tout tenait à examiner la question et à écouter toutes les parties. Il envoya donc chercher les musulmans qui, ensuite, se présentèrent, prêts à dire la vérité sous toutes ses formes. Le Négus leur dit:
« Quelle est donc cette religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans embrasser la mienne, ni aucune des autres religions? ».
Ja’far ibn Abi Tâlib, le porte-parole des musulmans dit:
« Sire! Nous faisions partie des gens de l’ignorance et comme eux, adorions les idoles, mangions de la charogne pratiquions la fornication, rompions les liens de parenté et maltraitions nos voisins. Les plus forts parmi nous se nourrissaient des plus faibles. Nous ne cessions de vivre de la sorte jusqu’au jour où Allah nous envoya un Messager qu’il choisit parmi nous, un Messager dont nous connaissons la généalogie, la franchise, l’honnêteté et la chasteté, qui nous appela à Allah que nous devons adorer et considérer comme Dieu unique, nous départissant de tout ce que nous adorions d’autre que Lui, nous et nos ancêtres, comme pierres et idoles.
Il nous ordonna le franc parler, la restitution des choses confiées, le culte de la parenté, le bon voisinage, l’abstention des choses interdites et de l’effusion du sang.
Il nous interdit la fornication, le mensonge, l’abus des biens des orphelins, l’accusation des femmes chastes et vertueuses, nous ordonnant d’adorer Allah, Lui Seul, sans L’associer à rien ni à personne, de prier, de s’acquitter de la Zakat (purification des biens) et d’observer le jeune.
Sur ces bases, nous avons cru en lui et en sa mission, nous l’avons suivi dans la pratique de la religion qu’il nous a apportée. Aussi, avons-nous adoré Allah Lui Seul, sans l’associer à rien d’autre, avons considéré comme illicite ce qu’on nous a interdit et comme licite ce qu’on a ordonné. Alors notre peuple nous a indexés, torturés, tourmentés à cause de notre religion, cherchant à nous ramener à l’adoration des idoles au lieu d’Allah le Très Haut, aux perversités que, jadis, nous considérions comme licites. Lorsqu’ils nous eurent contraints maltraités et traqués, ne nous laissant aucune chance de pratiquer notre religion, nous fuyâmes vers votre pays car, nous vous avons choisi à l’exclusion des autres, pour être sous votre protection et nous espérons, Sire, qu’auprès de vous, nous ne subirons aucune forme d’injustice ».

Le Négus dit alors:
« Peux-tu me dire tant soit peu de ce qu’Allah a révélé? »
« Oui » répondit Ja’far.
Le Négus lui dit: « Alors, récite-le-moi »
Ja’far commença par « Kâf Ha, Ya, Ain, Sâd »; le début de la sourate Mariam (Marie) et récita la suite des versets.
Ma foi, le Négus pleura alors, à se mouiller la barbe. Ses évêques pleurèrent aussi à mouiller leurs livres lorsqu’ils eurent entendu la sourate.
Le Négus dit ensuite aux évêques: « Il ne fait pas de doute que ceci et ce que Moussa avait apporté sortent de la même niche ».
Se retournant vers les deux émissaires il dit: « Allez-vous-en! Je ne vous les livrerai pas. Ils sont sous ma protection ».

Amr ibn Al-As et son compagnon sortirent, mais le premier dit au second:
« Je jure sur Allah que demain je reviendrai avec de quoi les faire expulser ».
Abdoullah ibn Rabîa s’adressa à lui en ces termes:
« Ne le fais pas. Ce sont des parents, même s’ils nous ont contrariés ».

Cependant Amr ibn Al-As persista dans sa démarche et, le lendemain dit au Négus:
« Ils disent des choses étranges de ‘Isa le fils de Marie ».

Celui-ci envoya chez les musulmans leur demander ce qu’ils pouvaient bien dire au sujet du Messie. Les musulmans paniquèrent mais s’entendirent entre eux pour ne dire que la vérité.
Dès leur arrivée, à la cour, le Négus les interrogea et, alors, Ja’far répondit:
« Nous disons de lui ce que nous a apporté notre prophète (saw) à savoir qu’il est le serviteur, le messager, l’esprit et la parole d’Allah insufflé à la vierge Marie ».
Le Négus ramassa un bâton à terre et dit:
« Ce que tu viens de dire ne dépasse la vérité sur Isâ ibn Mariam que de la longueur de ce bâton ».
« Si! » ajouta-t-il, voyant que ses patriarches faisaient la moue.
Il dit aux musulmans:
« Allez! vous êtes en sécurité sur ma terre, quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende. Je n’aimerais pas avoir une montagne d’or si je devais l’obtenir en portant préjudice à l’un d’entre vous ».
Il dit ensuite à son entourage:
« Rendez-leur leurs cadeaux. Je n’en ai pas besoin. Je jure qu’Allah n’avait pas reçu de moi des pots de vin en me rendant mon royaume. Pourquoi donc y prendrais-je des pots de vin? J’obéirai à la volonté des gens aussi longtemps que ceux-ci obéiront à ma volonté ».

Oumm Salamah qui racontait cette histoire dit:
« Les deux émissaires sortirent renfrognés avec tout ce qu’ils avaient apporté. Nous, nous fûmes bien logés et traités ».

Il s’agit d’un rapport fait par ibn Ishâq. Certains mentionnèrent que l’envoi de Amr ibn Al-As chez le Négus eut bien lieu après la bataille de Badr. D’autres soutiennent que l’envoi auprès de ce Négus eut lieu deux fois mais que les questions et les réponses rapportées entre lui et Ja’far lors de la première émigration étaient presque les mêmes que les questions et réponses mentionnées par ibn Ishâq.

Après tout le contenu des questions formulées montre bien qu’il s’agissait là de la première plainte adressée au Négus. Ayant échoué dans leur complot visant à la récupération des émigrés, les associateurs s’emportèrent, en proie à une colère manifeste. Resserrant l’étau, ils fondirent sur le reste des musulmans, étendant même le mal au Messager d’Allah (saw).
Leurs comportements montraient bien qu’ils voulaient supprimer le prophète (saw) pour extirper la racine du mal qui, selon eux, les privait de sommeil.

Quant aux musulmans, ceux d’entre eux qui étaient restés à la Mecque étaient d’un nombre très réduit. Ils étaient soi détenteurs de noblesse et d’immunité soit protégés par quelqu’un. Malgré tout, ils dissimulaient leur conversion à l’islam, évitaient autant que possible de s’exposer aux regards des agresseurs. Toutefois une telle précaution ne les préserva pas entièrement du mal, de l’humiliation et de l’injustice.

(Tiré du Livre : Le Nectar Cacheté)

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