Les Récits de la Tradition

Histoire des Gens de le Caverne

Tiré de la Chronique de Tabari Tome 2 P.32


Louange à Allah, que la prière et le salut soient sur son prophète Mohamed sur sa famille et sur tous ceux qui le suivent jusqu’au jour de la résurrection.


Les gens de la caverne étaient de la Syrie, d’une ville dont le roi était idolâtre, ainsi que tous les habitants.

Ceux-là avaient été mis dans la bonne voie par Dieu. Le roi s’appelait Decianus et était l’un des rois grecs à qui appartenait alors la Syrie, après Alexandre, avant que ce pays échût aux Romains.

Ils étaient les seuls croyants dans toute la ville, et ils connaissaient Dieu; ils étaient au nombre de six. Le roi, informé de leur croyance, les fit appeler et leur dit :

« Qui adorez-vous et quel est votre dieu? »

Ils confessèrent leur religion devant le roi, se tenant devant le roi, et Dieu fortifia leurs cœurs, afin qu’ils n’eussent pas de crainte; ils dirent:

« Notre dieu est le Dieu du ciel et de la terre, et nous n’en reconnaissons pas d’autre que lui; si nous disions autre chose, nous dirions un mensonge. »

 Dieu a dit dans le Coran (Coran 18 Verset 14) :

« Nous avons fortifié leurs cœurs lorsqu’ils s’étaient levés pour dire: « Notre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre: jamais nous n’invoquerons de divinité en dehors de Lui, sans quoi, nous transgresserions dans nos paroles. »

A cette époque, il n’y avait pas de prophète sur la terre; c’est par leur propre intelligence qu’ils étaient parvenus à la connaissance de Dieu. C’était avant l’apparition de Jésus, de Jean et de Zacharie; il n’y avait alors aucun prophète en Syrie. Ces hommes étaient tous de grande naissance; le roi ne pouvait pas les mettre à mort légèrement. Le roi avait un cadhi dont le fils professait également la vraie foi et qui n’osait pas le faire publiquement, à cause du roi. Le roi dit à ce cadhi :

« Que te semble, comment faut-il agir avec eux? »

Le cadhi répondit:

« Ils sont tous de bonne famille, il ne faut pas les tuer légèrement. Donne-leur le temps de cette nuit, afin qu’ils réfléchissent et reviennent peut-être à la raison. »

Le roi leur accorda ce temps, et ils se retirèrent. Dans le Coran, ils sont appelés du nom honorifique de « Jeunes gens. » (Coran 18 Verset 10 et 13)

C’étaient des jeunes gens qui croyaient en Dieu, sans que personne ne les eût appelés à Dieu. Dieu ajoute encore dans le Coran (Coran 18 Verset 13) :

« Nous allons te raconter leur récit en toute vérité. Ce sont des jeunes gens qui croyaient en leur Seigneur; et Nous leur avons accordé les plus grands moyens de se diriger [dans la bonne voie] »

Les docteurs et les commentateurs disent que l’expression de « jeunes gens » n’est employée que deux fois dans le Coran relativement à des croyants : une fois, elle est appliquée à Abraham, dont il est dit:

« (Certains) dirent: « Nous avons entendu un jeune homme médire d’elles; il s’appelle Ibrahim (Abraham). »

(Coran 21 Verset 60)

Et l’autre fois aux compagnons de la caverne.

Quand la nuit fut venue, craignant que le roi ne les fit tuer, ils quittèrent tous les six la ville, dans la même nuit.

Leurs noms étaient les suivants : Maximilianos, le premier d’entre eux et celui qui avait pris la parole devant le roi; Malchos, Yamblichos, Martinianos, Dionysios et Johannes.

Ils se rendirent vers une montagne qui se trouvait près de la ville et qui s’appelait Ya‘hlos. Là ils rencontrèrent un pâtre nommé Àntoninos. Ils lui dirent:

« Y a-t-il dans cette montagne un endroit où nous puissions nous cacher pour quelques jours? »
Le pâtre leur dit:
« Qui êtes-vous? »
Ils répondirent:
« Nous professons une autre religion que le roi et les habitants de cette ville; nous adorons un dieu différent de leurs idoles, et nous nous sommes enfuis d’auprès du roi, craignant pour notre vie; nous cherchons un endroit pour nous cacher. »
Le pâtre dit:
« Quel est votre dieu et quelle est votre religion? »

Ils lui exposèrent leur croyance et il l’accepta également, puis il leur dit :

« J’irai avec vous. »

Ils consentirent. Ensuite le pâtre dit :

« Il y a dans cette montagne une grande crevasse et une énorme caverne, ayant une entrée très étroite; nous autres pâtres, quand dans la nuit il fait froid, ou qu’il fait du vent, et qu’il tombe de la pluie, et que nous craignons pour les moutons, nous les faisons entrer dans cette caverne. »

Ensuite le pâtre confia ses moutons à ses camarades et alla avec eux. Il avait un chien, qui les accompagna. Les autres, en le voyant, dirent au pâtre :

« Renvoie ce chien; car, quand il aura faim, il fera du bruit et dénoncera aux hommes notre présence. »

Mais, quelque peine que le pâtre se donnât pour chasser le chien, en le frappant, le chien ne s‘en allait pas.

Quand ils l’eurent longtemps frappé, Dieu lui donna la parole, et il leur dit distinctement :

« Pourquoi me frappa-vous? Moi aussi, je crois au même dieu auquel vous croyez. »

Ce fut là pour eux un signe et un miracle de la part de Dieu. Ensuite ils se mirent en route et entrèrent dans la caverne. Ils trouvèrent un lien grand et vaste, comme il est dit dans le Coran :

« Tu aurais vu le soleil, quand il se lève, s’écarter de leur caverne vers la droite, et quand il se couche, passer à leur gauche, tandis qu’eux-mêmes sont là dans une partie spacieuse (de la caverne) … Cela est une des merveilles d’Allah. Celui qu’Allah guide, c’est lui le bien-guidé. Et quiconque Il égare, tu ne trouveras alors pour lui aucun allié pour le mettre sur la bonne voie »

(Coran 18 Verset 17)

Ensuite ils se couchèrent et le chien également, en étendant ses pattes et la bouche posée sur les pattes, comme c‘est l’habitude des chiens. Le Coran le décrit en ces tenues :

« Et tu les aurais cru éveillés, alors qu’ils dorment. Et Nous les tournons sur le côté droit et sur le côté gauche, tandis que leur chien est à l’entrée, pattes étendues. Si tu les avais aperçus, certes tu leur aurais tourné le dos en fuyant; et tu aurais été assurément rempli d’effroi devant eux »

(Coran 18 Verset 18)

Dieu leur envoya le sommeil, et pendant le sommeil, il enleva leurs âmes, ainsi que celle du chien.

Le lendemain, le roi les fit chercher, mais on ne les trouva point; on lui dit qu’ils avaient quitté la ville. Le roi envoya à leur poursuite; on les rechercha pendant un mois, sans les trouver; alors on cessa les recherches. Ils restèrent dans cette caverne trois cent neuf ans. Dieu envoyait chaque semaine un ange, afin qu’il les retournât d‘un côté sur l‘autre, pour empêcher que leur chair ne pourrît par le contact de la terre, et pour que les corps ne fussent pas décomposés.

Il est dit dans le Coran:

« Et tu les aurais cru éveillés, alors qu’ils dorment. Et Nous les tournons sur le côté droit et sur le côté gauche, tandis que leur chien est à l’entrée, pattes étendues. Si tu les avais aperçus, certes tu leur aurais tourné le dos en fuyant; et tu aurais été assurément rempli d’effroi devant eux »

(Coran 18 Verset 18)

Les docteurs et commentateurs expliquent ce verset de la manière suivante : Cette montagne était située vers le sud, qui est à gauche de l‘occident; et l’entrée de la caverne était tournée du côté du nord. Dans cette situation, le soleil, qui se lève à l’orient, se trouve être

A la droite de la caverne, et à sa gauche quand il se couche.

Le vent du nord y souffle et empêche l’odeur cadavérique de se développer.

Ils restèrent donc dans cette caverne trois cent neuf ans.

Pendant ce temps, le roi Decianus était mort et d‘autres rois grecs lui avaient succédé dans le gouvernement de la Syrie; puis le gouvernement avait passé entre les mains des Romains.

Sous le premier des rois romains qui gouvernaient en Syrie, apparut Jésus, qui avertit les enfants d’Israël de l’événement des gens de la caverne. Il leur annonça qu’ils ressusciteraient, que les hommes les verraient et qu’ils mourraient de nouveau, afin que les hommes qui niaient la résurrection des morts, en voyant cela, fussent convaincus que Dieu tient ses engagements et que la résurrection est une vérité.

Dieu a fait mention de leur histoire dans l’Évangile, de même que dans le Coran, où il est dit :

« Et c’est ainsi que Nous fîmes qu’ils furent découverts, afin qu’ils [les gens de la cité] sachent que la promesse d’Allah est vérité et qu’il n’y ait point de doute au sujet de l’Heure. Aussi se disputèrent-ils à leur sujet et déclarèrent-ils: « Construisez sur eux un édifice. Leur Seigneur les connaît mieux. » Mais ceux qui l’emportèrent [dans la discussion] dirent: « Elevons sur eux un sanctuaire »

(Coran 18 Verset 21)

Après trois cent neuf ans, tous les habitants de la Syrie et du pays de Boum croyaient en Jésus et lisaient l’Évangile; et ils connaissaient cette aventure.

Mais il n‘était pas dit dans l’Évangile dans quelle contrée de la Syrie était située la caverne, comme cela est indiqué dans notre Coran : ils attendaient donc de quel pays ils sortiraient.

Quand les trois cent neuf ans furent écoulés et que Dieu voulut les ressusciter, l’un d’eux, nommé Maximilianos, qui était le premier d’entre eux, revint à la vie, vers le temps du Namâz, avant que le soleil déclinât. Il appela les autres, et tous revinrent à la vie, de même que le chien; et ils se levèrent, comme on se lève du sommeil.

« Et c’est ainsi que Nous les ressuscitâmes, afin qu’ils s’interrogent entre eux. L’un parmi eux dit: « Combien de temps avez-vous demeuré là ? » Ils dirent: « Nous avons demeuré un jour ou une partie d’un jour. » D’autres dirent: « Votre Seigneur sait mieux combien [de temps] vous y avez demeuré. Envoyez donc l’un de vous à la ville avec votre argent que voici, pour qu’il voit quel aliment est le plus pur et qu’il vous en apporte de quoi vous nourrir. Qu’il agisse avec tact; et qu’il ne donne l’éveil à personne sur vous »

(Coran 18 Verset 19)

Ils s’imaginaient être entrés dans la caverne la veille au crépuscule et s’être réveillés le lendemain au milieu de la journée. Puis ils dirent:

« Votre Seigneur sait mieux combien [de temps] vous y avez demeuré »

Ils avaient de l’argent du temps de Decianus, et qui était plus grand que celui qui était en usage dans cette ville ce jour-là. Ils dirent :

« Envoyez donc l’un de vous à la ville avec votre argent que voici, pour qu’il voie quel aliment est le plus pur et qu’il vous en apporte de quoi vous nourrir. Qu’il agisse avec tact; et qu’il ne donne l’éveil à personne sur vous »

Ils envoyèrent donc Yamblichos. Lorsque celui-ci fut entré dans la ville, il en reconnut les maisons et les bazars, mais il ne connut pas les hommes. Il vit les hommes en prière, adorant Dieu; il en fut étonné et dit:

« Depuis un jour que nous sommes partis, le peuple est devenu si croyant! »

Ensuite il entra chez un boulanger pour acheter du pain. Quand il prit l’argent et le remit au boulanger, il se trouva que ce n’était pas la monnaie courante.

Le boulanger dit :

« D’où as-tu cette monnaie? »
L’autre répondit:
« C’est la monnaie de cette ville et la marque de ce roi. »
Le boulanger dit:
« Dans cette ville, il n’y a pas de monnaie semblable, et ce roi n’a pas frappé une pareille monnaie; il est probable que vous avez trouvé un trésor de monnaies anciennes. »
Yamblichos dit :
« J’ai emporté hier cette monnaie avec la marque de Decianus, de cette ville. »


Le boulanger ne connaissait pas Decianus.

Il dit :

« Je ne connais pas ce roi dont tu parles; celui-là est mort, à présent notre roi est un tel. »
Yamhlichos dit :
« Quelle religion a-t-il et qui adore-t-il? » 
L‘autre répondit : « Il suit la religion de Jésus et il adore Dieu. »

Pendant qu’ils parlaient ainsi, les serviteurs du roi passèrent par là et les entendirent. Ils emmenèrent Yamblichos devant le roi, qui écouta son aventure et regarda la monnaie. Alors il reconnut qu’il était un des compagnons de la caverne dont il avait là l’histoire dans l‘Évangile. Le roi rassembla les habitants de la ville, les docteurs et les lecteurs de l’Évangile, afin qu’ils apprissent cet événement.

Yamblichos raconta :

« Moi et mes amis, nous avons quitté cette ville du temps du roi Decianus. Nous nous sommes enfuis, craignant pour notre foi, et nous nous sommes rendus dans une telle montagne, nous sommes entrés dans une caverne, où nous avons dormi. Aujourd‘hui nous nous sommes réveillés, et maintenant je suis venu, afin d‘acheter avec cet argent de la nourriture pour mes compagnons. Nous voulons prendre les provisions et partir cette nuit. »

Les lecteurs de l’Évangile reconnurent que c’était là l’aventure des gens de la caverne dont il était question dans l’Évangile.

Le roi dit à Yamblichos :

« Ô jeune homme, reçois la bonne nouvelle que Decianus est mort, et que depuis sa mort il s‘est écoulé trois cent neuf ans; Dieu a envoyé un prophète nommé Jésus, avec son livre venu du ciel; votre aventure est révélée dans ce livre. Nous adorons Dieu et suivons la religion de Jésus; nous nous attendions que vous sortiriez de la caverne. Vous avez dormi dans la caverne pendant trois cent neuf ans. Maintenant où sont tes compagnons? »
Yamblichos dit :
« Ils sont dans la caverne. »

Le roi se leva et sortit de la ville avec toute sa suite et le peuple, accompagnant Yamblichos jusqu‘à la caverne. Arrivé près de là, Yamblichos dit :

« Mes amis n‘ont pas connaissance de l‘état du monde; ils croiront que Decianus est encore vivant; quand ils verront toute cette foule, ils penseront que Decianus vient pour les faire périr. Restez ici pour que j’aille en avant, que je les avertisse, afin qu’ils se réjouissent et qu’ils sortent. »

Le roi le laissa partir. Yamhlichos entra dans la caverne, en vue du roi et du peuple. Quand ses compagnons l’aperçurent, ils lui dirent :

« Quelle nouvelle apportes-tu? »

Yamblichos leur raconte les événements survenus dans le monde, relativement à la religion de Jésus, à l‘Évangile et au roi.

Après avoir parlé, il tomba et mourut, et les autres moururent également. Le roi et le peuple restèrent à la porte de la caverne toute la nuit, jusqu’au lendemain au milieu du jour.

Yamhlichos ne reparut plus. Le roi ordonna qu’on entrât dans la caverne, mais personne n’osait y entrer, redoutant la caverne.

Ils ne savaient que faire et dirent :

« Et c’est ainsi que Nous fîmes qu’ils furent découverts, afin qu’ils [les gens de la cité] sachent que la promesse d’Allah est vérité et qu’il n’y ait point de doute au sujet de l’Heure. Aussi se disputèrent-ils à leur sujet et déclarèrent-ils: « Construisez sur eux un édifice. Leur Seigneur les connaît mieux. » Mais ceux qui l’emportèrent [dans la discussion] dirent: « Elevons sur eux un sanctuaire »

(Coran 18 Verset 21)

Tous les hommes dirent :

« Nous construirons une chapelle à la porte de la caverne, afin que les hommes y prient et que, leur prière soit exaucée. »

Ils y construisirent donc une chapelle, et inscrivirent sur la pierre du mur de la caverne l‘histoire des gens de la caverne, telle que nous venons de la raconter littéralement d’après les commentateurs.

Mohammed, fils de Djarir, dit encore dans son ouvrage La chronique de Tabari :

Quelques-uns des docteurs rapportent que ces gens sont entrés dans la caverne avant Jésus et en sont sortis après Jésus; mais leur entrée et leur sortie a eu lieu du temps des rois des Provinces, après l’époque d’Alexandre et avant celle d‘Ardeschîr, fils de Bâbek, ainsi que nous l’avons dit.

D’autres disent que c’est là une erreur, qu‘ils sont entrés dans la caverne après l’apparition de Jésus, qu’ils avaient cru en lui et que le roi et les habitants de leur ville étaient restés idolâtres; qu‘un des disciples auxquels Jésus avait ordonné de convertir le monde et d‘appeler les hommes à sa religion, était venu dans cette, ville, qu’il avait appelé les habitants à Dieu, que ceux-ci n’avaient pas accepté sa prédication et que les compagnons de la caverne l’avaient acceptée. Ils s’étaient ensuite enfuis d’auprès du roi et étaient entrés dans la caverne.

Après trois cent neuf ans ils en étaient sortis, avant l’époque d’Ardeschîr, fils de Bâbek, du temps des rois des Provinces.

Quand ils sortirent, les habitants de la ville et leur roi étaient devenus croyants et avaient adopté la religion de Jésus, comme nous l’avons raconté.

On rapporte le fait de leur entrée dans la caverne de différentes manières, et les avis sont très partagés à cet égard.

Voici un autre récit :

Leur roi était idolâtre. Il avait fait placer à la porte de la ville une idole; quiconque entrait dans la ville l‘adorait.

Or un des apôtres de Jésus arriva à cette ville. Quand il voulut y entrer, on lui dit d‘adorer cette idole. Il refusa et n’entra pas dans la ville. Il y avait près de la porte un établissement de bains dans lequel il se rendit; il y offrit ses services au baigneur et s’engagea à lui pour des gages. Il faisait son service dans la journée et, le soir, il recevait son salaire au moyen duquel il achetait de la nourriture et mangeait. Il passait la nuit en prières et jeûnait le jour. Dieu bénissait l’industrie du baigneur; celui-ci le reconnut et dit :

« Cette bénédiction me vient à cause de ce serviteur. »

En conséquence, il traitait l‘apôtre avec égards et le rapprochait de sa personne.

Après un certain temps, l’apôtre, étant devenu plus familier avec le baigneur, lui expose la religion de Jésus, et le baigneur l’accepta. Il y avait quelques jeunes gens de la ville qui venaient de temps en temps chez le baigneur et qui étaient liés d‘amitié avec lui. L‘apôtre leur expose la foi de Jésus, et ils l‘acceptèrent. Ce sont là les compagnons de la caverne. Ils restèrent tous ensemble chez le baigneur.

Un jour, le fils du roi se rendit dans cette maison de bains avec une femme de mauvaise vie. L’apôtre serviteur lui dit:

« N‘as-tu pas honte d’aller au bain avec cette femme prostituée ? »

Le fils du roi le frappa, l‘injuria et entra dans le bain. Lui et la femme suffoquèrent et moururent. On annonça au roi que son fils avait été tué dans le bain. Le roi se transporte dans l‘établissement de bains, fit appeler le baigneur et le serviteur, et dit:

« Quels sont les habitants de la ville qui fréquentaient le baigneur? »

On lui nomma les jeunes gens mentionnés. Le roi les fit rechercher. Ceux-ci, avertis, sortirent de la ville et s‘enfuirent. A un certain endroit ils rencontrèrent un paysan qui avait un chien, et qui professait également leur religion. Ils lui dirent:

« Le roi nous recherche. »

Cet homme eut peur; il alla avec eux, accompagné de son chien; et ils allèrent tous ensemble, le baigneur, le paysan, l’apôtre et les jeunes gens de la ville.

Ce sont ceux-là qui furent les compagnons de la caverne. Ils entrèrent dans une caverne. Lorsque le roi arriva à la porte de la caverne, aucun de ceux à qui il ordonna d’y entrer n’ose le faire. Alors le roi dit:

« Si je pouvais m’emparer d’eux, je les mettrais à mort. Maintenant enfermez-les dans la caverne. »

Puis il ordonna d’élever à l’entrée, un mur d‘argile et de pierre, afin qu’ils mourussent de faim et de soif.

Ils fermèrent ainsi l’entrée de la caverne et s‘en retournèrent. Les compagnons de la caverne y dormirent trois cent neuf ans. Lorsque Dieu voulut qu’ils reparussent, un pâtre vint à y passer; il avait froid et se tourna vers la montagne.

Là il vit une petite ouverture et pensa que c‘était une caverne. Il dégagea complétement l’ouverture, y entra avec ses moutons et y passa la nuit; le lendemain il s’en alla. Dieu réveilla les compagnons de la caverne et leur rendit la vie.

Alors ils envoyèrent l’un d’eux avec la monnaie qu’ils avaient.

L’auteur dit que (à cette époque) chaque dirhem avait la valeur de dix dirhems (d’aujourd’hui), et en avait sept fois le poids, et était grand comme la plante du pied d’un petit de chameau. Cet homme remit cette monnaie au boulanger. Celui-ci la porta au roi et lui amena l’homme, qui raconta toute cette aventure.

Mohammed, fils de Djarir, ajoute que le récit qu’il a donné plus haut est plus exact que celui que nous venons de rapporter, et dont un ou deux faits sont en opposition avec ce qu’on lit dans le Coran.

Premièrement ce dernier récit dit qu’ils avaient caché leur religion, tandis qu’il est dit dans le Coran :

« Nous avons fortifié leurs cœurs lorsqu’ils s’étaient levés pour dire: « Notre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre: jamais nous n’invoquerons de divinité en dehors de Lui, sans quoi, nous transgresserions dans nos paroles. »

(Coran 18 Verset 14)

L‘autre contradiction est celle-ci : D’après le récit, le roi aurait fermé l’entrée de la caverne, et elle serait restée fermée pendant trois cent neuf ans. Mais le Coran dit :

« Tu aurais vu le soleil, quand il se lève, s’écarter de leur caverne vers la droite, et quand il se couche, passer à leur gauche, tandis qu’eux-mêmes sont là dans une partie spacieuse (de la caverne) … Cela est une des merveilles d’Allah. Celui qu’Allah guide, c’est lui le bien-guidé. Et quiconque Il égare, tu ne trouveras alors pour lui aucun allié pour le mettre sur la bonne voie. »

(Coran 18 Verset 17)

Le commencement du récit est tel que nous l’avons rapporté. Si l’entrée de la caverne avait été fermée, ce récit n’aurait pas de sens.

Quant au nombre des gens de la caverne, il n’y a pas d’opinions différentes parmi les commentateurs et les traditionnistes : ils sont tous d’accord qu’ils étaient au nombre de sept et que le chien était le huitième, comme il est dit dans le Coran. Mais on a discuté sur ce verset du Coran:

« Ils diront: « ils étaient trois et le quatrième était leur chien. » Et ils diront en conjecturant sur leur mystère qu’ils étaient cinq, le sixième étant leur chien et ils diront: « sept, le huitième étant leur chien. » Dis: « Mon Seigneur connaît mieux leur nombre. Il n’en est que peu qui le savent. » Ne discute à leur sujet que d’une façon apparente et ne consulte personne en ce qui les concerne. »

(Coran 18 Verset 22)

Ce verset s’applique aux gens de l’Évangile et aux hérétiques, qui avaient transmis cette histoire aux Juifs et aux infidèles de la Mecque. Quelques-uns d’entre eux prétendaient qu’ils étaient trois, et le chien le quatrième; d’autres, cinq, et le chien le sixième; d’autres encore, qu’ils étaient sept, et le chien le huitième.

Le Coran mentionne ce dissentiment et ajoute :

« Mon Seigneur connaît mieux leur nombre. Il n’en est que peu qui le savent »

Maintenant, tous les docteurs et les commentateurs sont d‘accord qu’ils étaient au nombre de sept, et que le chien était le huitième. Et pour cela, il y a deux raisons : d’abord une tradition, ensuite un argument donné par le Prophète.

La tradition est celle-ci :

‘Ikrima et ses disciples rapportent d‘lbn ‘Abbâs que celui-ci avait dit:

« Moi, je suis de ce petit nombre dont Dieu a parlé dans ce verset relativement au nombre des gens de la caverne. J’ai interrogé le Prophète sur leur nombre, il m’a répondu qu’ils étaient sept. »

Leurs noms sont déterminés dans les traditions, tels que nous les avons rapportés. Quant à la preuve directe du nombre sept qui est dans le Coran, elle est celle-ci : il y est dit :

« Sept, le huitième étant leur chien »

Il mentionne d’abord les dissensions des possesseurs des livres sacrés et leurs trois opinions. Arrivé à celle du nombre sept, il termine son énumération et il passe au second membre de la phrase, en disant : « le huitième étant leur chien. »

Cette manière de parler est d’usage dans la construction du deuxième membre de la phrase, et cette antithèse répond, non à la partie de la première phrase relative aux différentes opinions, mais les mots « le huitième étant leur chien » veulent dire que leur nombre était de sept.


Sur ce, Que la Paix de Dieu soit sur vous et vous accompagne partout où vous êtes.

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